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Une thèse de Doctorat après le Master de sécurité intérieure ?

Publié le 6 novembre 2014
Portrait de Jérôme Fauchois Jérôme Fauchois, élève commissaire de la 66e promotion

Jérôme Fauchois, élève-commissaire, ancien gardien de la paix et titulaire d'un doctorat en géographie, livre dans cet article son témoignage sur ses années de thèse, quelques conseils à destination des futurs doctorants, et une réflexion sur la place d'une formation doctorale au sein de la Police nationale.

À l'issue de la scolarité à l'ENSP, nombre de Commissaires stagiaires se verront décerner un diplôme couronnant leur investissement dans le MASTER II de sécurité intérieure. Ceux-ci, comme tous ceux déjà détenteurs d'une telle qualification, peuvent légitimement envisager de parfaire leur cursus universitaire en poursuivant une formation de troisième cycle, en s'engageant dans un projet de thèse de Doctorat.
Il peut sembler incongru d'envisager tel scenario au regard de l'ensemble des devoirs et responsabilités qui seront inhérents à la prise de fonction sur le premier poste, mais cette possibilité de s'engager sur un troisième cycle fera peut-être réfléchir certain d'entre eux, et notamment ceux désirant à moyen ou long terme s'orienter vers une carrière à l'étranger.
Ils pourront peut-être trouver dans ce texte quelques pistes, quelques précisions utiles à leur réflexion en la matière, sachant que j'ai été pour ma part sollicité à la rédaction de ce texte en ma qualité de titulaire d'un Doctorat, obtenu en 1998, non pas en droit mais en Géographie, et qui me renvoie encore aujourd'hui au souvenir d'une expérience universitaire d'une grande exigence et source d'enrichissement personnel et de fierté.

L'engagement personnel vers un troisième cycle suppose l'accomplissement de plusieurs étapes :

La réflexion

Une réflexion personnelle préalable sur la nature de la problématique qui pourrait être développée est impérative ; elle est menée en concertation avec le directeur de recherche qui sera amené à suivre le candidat.
La thématique de la sécurité intérieure (ou autre) ne manque pas de problématiques potentielles et toute contribution personnelle pertinente susceptible de faire progresser la recherche en la matière acquiert forcément une utilité sociale et une légitimité académique. Le leitmotiv du candidat doit être d'apporter sa contribution à la réflexion générale sur les questions de sécurité ou de droit, réflexion guidant par ailleurs les choix et actions des décideurs publics.

La préparation

Définir un bon sujet, une problématique et des questionnements pertinents, voire inédits, s'entourer d'un directeur de recherche prêt à accompagner le projet sont donc les nécessaires préalables à l'entreprise elle-même et engagent le candidat à une phase de travail préparatoire incontournable , un travail engageant du temps, de la rigueur et de l'énergie. Ce travail, véritable test de volonté du candidat à s'engager dans le cursus , suppose que celui-ci s'approprie la doctrine et fasse le point sur les thèses en cours en consultant les différents fichiers universitaires et institutionnels, qu'il définisse à l'issue une problématique cohérente qui sera le fondement même du projet de recherche. C'est cette problématique qui fédérera le directeur de recherche au projet, qui constituera sa ligne directrice de recherche. Le dossier initial de recherche sera ainsi validé par un laboratoire ou organisme d'affiliation.

Le travail de recherche

Le doctorant est nécessairement et progressivement passionné par sa problématique ; il est vraiment préférable de dépasser le simple intérêt pour la problématique ciblée , la simple motivation pour le titre que constitue le Doctorat. Il faut avoir cette volonté réelle d'apporter sa propre vision sur la ou les questions soulevées. Le choix de la problématique est en ce sens primordial. La valeur d'une thèse découle presque irrémédiablement de la valeur de la question posée.
La réalisation d'un travail de thèse est également et surtout de longue haleine . Le directeur de recherche s'assure de la bonne progression et impose des délais de réalisation. Ces délais sont limités : trois ans dans l'idéal, prorogeable à quatre ou cinq ans. Au-delà, on sera amené à se questionner sur la cohérence du projet. Les recherches et synthèses bibliographiques, la construction d'une réflexion personnelle problématisée, claire, objective, illustrée et argumentée constituent le cœur du travail de Doctorat. Le but n'est pas de rédiger un manuel universitaire mais de dégager de ces recherches des questions pertinentes, actuelles, découlant de problématiques sociétales, juridiques ou doctrinales . Il faudra y apporter des réponses, au moins des éléments de réponse, ou constater l'absence de réponse claire. Il n'est d'ailleurs pas exclu de s'appuyer sur une démarche pluridisciplinaire, propre à des compétences ou expériences individuelles, qui peuvent se révéler sources d'innovation, de richesse ou de progrès.

La rédaction

La rédaction d'une thèse doit respecter des normes spécifiques , notamment lorsqu'elle est d'orientation clairement juridique. Elle constitue une période parfois fastidieuse, faite d'alternances de périodes d'incertitudes, de questionnements, de remise en cause personnelle et au contraire de périodes fastes d'écriture et d'inspiration durant lesquelles la rédaction s'enrichit de la force des mots et des talents d'écriture individuels. La réflexion est amenée à évoluer. La faculté du doctorant à contrôler et à bonifier ces évolutions engendre une réelle satisfaction personnelle lors du travail de recherche.

La soutenance

Finalement, avec la soutenance de la thèse, se concrétise cet investissement personnel considérable. Cette soutenance, c'est l'honneur de présenter à titre protocolaire son travail à un jury de renom , c'est l'honneur d'apporter sa contribution à la Recherche, via une thématique pour laquelle a été donné du temps, de l'énergie, de l'intelligence, sans arrière-pensée réelle autre que celle d'exprimer un positionnement, des questionnements, un travail de recherche sur une problématique sociétale, juridique, ou autre. Si au final la contribution s'avère pertinente, essentielle, voire fondamentale, n'excluons aucun scénario, il est envisageable d'autoriser la publication de ce travail afin d'en assurer une diffusion auprès des étudiants et autres chercheurs.

Mon expérience personnelle

Mon doctorat de Géographie portait, sans vouloir en faire étalage trop exhaustif, sur la problématique de l'évolution du trait de côte et des conséquences de celle-ci en matière de gestion des risques littoraux. Les phases de réflexion et de préparation se sont construites dans la continuité de mes travaux de Maîtrise et DEA, ancêtres du Master contemporain, qui abordaient ces mêmes problématiques à l'échelle locale. J'avais travaillé à l'élaboration d'une méthode cartographique des risques visant à cibler les zones littorales les plus vulnérables à une époque où s'initiaient les réflexions nationale et européenne sur les conséquences de l'élévation du niveau de la mer sur les zones côtières. Mon travail s'adressait aux décideurs publics, par le biais d'un atlas à grande échelle afin que soient engagées les mesures les plus adaptées aux situations spécifiques d'érosion et de dégradation des environnements naturels. Mon travail a été réalisé en 3 ans : deux ans de collecte et traitement d'informations, de recherche et un an de rédaction et de réalisation cartographique.

Avec le recul, je retire de ce projet une très grande satisfaction : satisfaction d'avoir su aller au bout de l'entreprise scientifique, satisfaction de la réalisation du mémoire, de l'atlas, satisfaction d'avoir eu l'honneur de présenter mon travail à un jury très prestigieux, satisfaction enfin d'avoir obtenu et maintenu la confiance de ma directrice de recherche, qui reste encore aujourd'hui une personne très importante dans mon parcours. La réalisation d'un travail de thèse est selon moi un défi personnel, mais aussi une réelle aventure humaine, car elle permet de rencontrer, fréquenter des personnes de haute qualité, avec qui les échanges de fond ou de forme sont très enrichissants. Ce travail permet en outre d'acquérir une connaissance de fond sur le sujet, un savoir faire méthodologique, un savoir faire technique.

Alors, au regard de l'ensemble de ces données, est-il possible de convaincre un Commissaire de Police sorti de l'ENSP de s'investir à nouveau dans un projet aussi ambitieux ?

Il serait tentant et sans doute facile de penser que très peu trouveront les ressources immédiates pour s'engager dans cette voie. Néanmoins, il n'est pas exclu d'imaginer que ceux qui ont à moyen ou long terme décidé d'orienter leur carrière vers des postes de coopération internationale, ou qui simplement ont un véritable projet doctorant, seront amenés à réfléchir à la pertinence de la démarche sans perdre de temps. La réflexion constituant la première étape, il faudra que le candidat soit aidé et soutenu dans son projet pour que le processus engagé aboutisse à la soutenance.
Plus largement, le Doctorat est un diplôme reconnu dans le monde entier. Il exprime la réalisation d'un parcours académique complet, la maîtrise de méthodes de recherche. Il constitue un outil de préparation d'une mobilité professionnelle vers l'étranger. Le Doctorat, c'est un en effet un diplôme, un grade requis aujourd'hui pour l'accès à presque toutes les organismes internationaux de recherche et de coopération. Sans doute constitue-t-il aussi à titre plus personnel l'expression d'une ambition, ambition qui n'a rien d'illégitime dès lors que celui qui s'en prévaut se donne les moyens réels d'y parvenir.

La concurrence internationale en matière de qualification est de plus en plus stratégique et les instances de coopération policière n'échappent pas à cette réalité. La Police nationale française ne manquera pas d'encourager et de promouvoir toute démarche individuelle de formation doctorante.
Cependant, nombre de questions semblent rester en suspens : l'administration peut-elle proposer, en collaboration avec des partenaires universitaires, un cadre institutionnel, une structure d'accueil spécifique pour les candidats à l'accomplissement de ce troisième cycle ? Est il envisageable de concevoir un format de thèse professionnelle, qui permette au doctorant de concilier l'exercice de sa vie professionnelle et familiale avec l'exigence de l'investissement personnel que représente la réalisation d'une thèse ? Peut-il être envisagé d'aménager à titre temporaire le poste du commissaire doctorant ? Est il envisageable que la thèse puisse être engagée durant la scolarité à l'ENSP pour les candidats déjà détenteurs d'un Master 2 ? L'ensemble de ces questions est au cœur de la réflexion que mène aujourd'hui l'administration afin de promouvoir concrètement la formation troisième cycle au sein du corps de conception et de direction.

Mes états de service :

  • Entrée administration en décembre 2006 à l'ENP Oissel
  • Affectation à l'issue en service de voie publique à la brigade de Nuit à Paris 10 jusqu'en septembre 2011.
  • Sept 2011 à janvier 2012, formation OPJ, puis affectation en Service d'accueil et d'investigation de proximité (SAIP 10e arrondissement de Paris) jusqu'à la réussite au concours de Commissaire de Police en Juin 2014.
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