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"Etre apte à réagir, discerner et transmettre"

Par Audrey Jeandel, vendredi 6 décembre 2013.

Une fois le stage commencé et les premiers contacts pris, l'accueil qui m’est réservé au commissariat se veut particulièrement chaleureux. Après un mois passé au Groupe d'appui judiciaire (GAJ) et en roulement (aussi appelé "police secours") de jour comme de nuit, je commence à prendre mes marques dans les services mais aussi dans la circonscription. Je veille à me fixer autant que possible sur l'événementiel et me focalise sur les événements majeurs qui occupent les fonctionnaires du commissariat. A cet égard, j’ai pour projet de profiter de ces deux mois pour prendre conscience des enjeux et des difficultés que peuvent rencontrer les équipes dans leur quotidien. Que ce dernier soit judiciaire (GAJ-SD), afférent au maintien de l'ordre ou à la police secours, une constante demeure : les équipes font preuve de professionnalisme et de sérieux face à des situations parfois très difficiles à affronter.

Un simple contrôle routier ou une intervention sur un tapage peut dégénérer et coûter la vie à un fonctionnaire à l'instar du collègue de Lorient qui a tragiquement payé de sa vie une intervention sur un différend conjugal. Je remarque donc combien il est important de bien connaître la topographie et la physionomie de la circonscription que l'on pratique. Evoluant dans une zone de sécurité prioritaire (ZSP), les équipages travaillent en étroite collaboration avec le GSP, cultivent l'échange d'informations (rapprochement tactique, déplacement à deux véhicules dans les zones à risque...) et nourrissent alors leur connaissance du terrain.

D’autre part, la coordination des équipes et la capacité de faire travailler les gens ensemble ont une importance capitale pour le chef de service. Pour exemple, ma ville est l’étape d'arrivée du Tour de France 2014 : j'assiste donc aux différentes réunions nécessaires à la mise en œuvre du service d'ordre afférent (préfecture et mairie). La sécurité des personnes et des biens, ainsi que le bon déroulement de cette grande compétition internationale, exigent des services de police d'être complémentaires, bien informés, bien préparés y compris face à l'imprévisible. Le chef de service assiste, avec ses officiers, aux réunions publiques afin de concevoir un dispositif sécurisé. Je constate que l'efficacité du service d'ordre est une fois de plus soumise à une bonne connaissance topographique de la circonscription et surtout une bonne intelligence des acteurs (services de renseignements, responsables des réseaux de transport en commun, police municipale).

Et puis, si être policier c'est être apte à réagir, discerner et transmettre, c'est aussi faire face à des situations difficiles et surmonter les épreuves auxquelles la profession nous confronte. En seulement deux semaines de stage, j'ai vu plus de décès que de raison, dont celui d'un jeune homme, causé par une chute accidentelle de plusieurs dizaines de mètres. Il n'est pas anodin d'exercer un métier où il est de coutume de procéder à des constatations sur un décès, d'enquêter sur un meurtre ou encore de participer à une autopsie d'enfants morts par le fait de leur mère. Pour autant, je me découvre une sorte d'"imperméabilité émotionnelle", tout du moins apparente, qui m'était jusqu'alors inconnue. Par mimétisme sans doute, je m'efforce de faire honneur à l'uniforme et à la fonction qui est la mienne, en faisant abstraction de la cruauté des faits pour me concentrer sur le véritable travail de policier : procéder aux constatations, préserver la famille de la victime tout en donnant quelques explications, consigner les éventuelles preuves pour faciliter le travail des services d'investigation.

Enfin, lorsque je ne suis pas sur la voie publique avec la BAC, en escorte de voyage officiel ou en réunion, je prends quelques dossiers de l'UOPSR (Unité d'Ordre Public et de Sécurité Routière) afin d'opérer le "contrôle qualité" issu de la réforme LRPPN. A ce titre, je veille au respect des principaux points de vigilance de la procédure en vérifiant la signature de l’intéressé, les dates et heures ainsi que la présence de la "Marianne". Ce premier mois de stage est donc très enrichissant. Les nombreuses heures passées au commissariat n’ont jamais laissé place à l’ennui et ma curiosité ne cesse de faire naître de nouvelles questions. Le prochain mois, à la sûreté départementale, s’annonce alors très prometteur…

Audrey Jeandel, ancienne élève de la CPI commissaire, élève de la 65ème promotion des commissaires.
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