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" Une famille très policée " : un siècle de police à travers quatre générations

Publié le 24 octobre 2014
Michael Rémy, 66e promotion de commissaires de police © ENSP Michael Rémy
E.N.S.P 66e promotion de commissaires de police

Michael Rémy, élève-commissaire de la 66e promotion, raconte :
"Lorsque je suis entré dans l’administration, j’avais pleinement conscience d’appartenir à une lignée de serviteurs de l’État. Pour autant, je ne me rendais pas compte du côté assez exceptionnel de représenter la 4ème génération d'une famille de policiers.

Cette saga familiale commença au début du 20e siècle en 1907, lorsque mon arrière grand-père intégra la police municipale de Belfort. En effet, à l’époque les forces de sécurité policières étaient uniquement municipales. Seules la Brigade des chemins de fer et les Brigades Mobiles Régionales – les fameuses Brigades du Tigre, ancêtres des DIPJ actuelles - avaient des ressorts territoriaux plus étendus. Cette situation peut paraître inconcevable à l'heure où la sécurité intérieure est considérée comme la prérogative régalienne par excellence. C'est justement tout le prix du témoignage de mes aïeux, dont la carrière est un miroir des époques qu’ils ont traversées.

Cela, mon arrière-grand-père, Édouard THIEBAUD , devait amèrement le constater à ses dépens. Entré comme gardien de la paix en 1907 au sein de la police municipale de Belfort, il était mobilisé en 1914. Blessé grièvement à Verdun, il ne conservait qu'un usage limité d’un bras et d’une jambe. Lorsqu’il fut démobilisé, en ces temps où le droit administratif restait quelque peu balbutiant, il fut simplement reclassé en gardien de square… Une telle situation de nos jours semble impensable tant la protection des droits et libertés est exacerbée, mais elle devait perdurer jusqu'à sa retraite.

« Quand quelqu'un venait au commissariat déposer plainte, il avait vraiment une bonne raison, sinon il en ressortait très vite... » avait coutume de dire mon grand- père, Robert RÉMY , lorsqu'on lui parlait de l'accueil du public dans son service à Belfort. On était alors bien loin de la charte Marianne, le Léviathan cher à Hobbes méritait à l'époque, bien son nom.
Si les hommes étaient rudes, les temps l'étaient tout autant. Robert RÉMY, entré comme gardien de la paix lors des grands recrutements de 1943 sous le régime de Vichy, passait dès 1944 le concours d'inspecteur et était affecté dans le berceau familial à Belfort. L'occupant nazi semblait toutefois se méfier, non sans raison, de la loyauté des policiers belfortains à son égard. Le 14 septembre 1944 il était arrêté avec l'ensemble de ses collègues. Détenu un premier temps au Fort Hatry, il était par la suite déporté en Allemagne. Il ne devait en revenir qu'en mai 1945, après avoir été libéré par les troupes alliées.

Mon père Michel a probablement été celui qui a vécu les transformations les plus marquantes de l'institution policière. Il a débuté sa carrière en 1964 en tant que gardien de la paix dans les Compagnies Républicaines de Sécurité. Deux ans plus tard, il était témoin du passage de la Sûreté Générale à la police nationale. En tant que CRS, il vivait en première ligne les événements de mai 1968.

Comme inspecteur du groupe de répression de banditisme du SRPJ de Dijon à partir de 1970, il eu notamment l'opportunité d'enquêter sur les méfaits du « gang des lyonnais ». Il fut également le témoin privilégié d'une société en profonde mutation. Agent d'un pays qui se définissait comme le parangon de l’État tout puissant, mon père voyait celui-ci en quelques décennies changer de paradigme. Un concept, véritablement aux antipodes du précédent se développait, celui de l'individu avec ses droits et libertés placés au centre de la société.
C'est certainement pour cette raison que lorsque j'ai voulu entrer dans la carrière, il devait essayer de me dissuader de rentrer dans « la maison ».

Pourtant, après un service national en tant que policier auxiliaire, je faisais fi de ce conseil et embrassait la profession en tant que gardien de la paix en 1997. Affecté au commissariat d'Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, j'ai eu l'occasion de rejoindre en 2001 la Brigade de Répression du Banditisme de la DRPJ de Versailles. En tant qu'enquêteur, je constatais alors l'inflation normative qui touchait l'institution, et plus particulièrement la procédure pénale. J'ai pris conscience d'exercer au sein d'une société tiraillée entre le contrôle à tout prix des risques, mais également par le respect de plus en plus marqué des libertés individuelles.
Les lois Guigou de 2000 et Perben 2 de 2004 illustrent bien ce paradoxe, ce mouvement pendulaire entre garanties des droits fondamentaux et lutte contre les comportements déviants les plus graves.
De retour à mes premières amours en tant qu'officier de commandement en Seine-Saint-Denis, je constatais les mêmes convulsions entre mise en place d'une des quinze premières Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP) de France, et la mise en place des numéro d'identification RIO sur les tenues des fonctionnaires.
C'est à mon sens toute la difficulté, mais également tout l'art dont doivent faire preuve les cadres de la police. Les commissaires portent sur leurs épaules la responsabilité de ce difficile équilibre. Moteurs de l'application des politiques pénales, ils sont également garants du respect des règles et de la déontologie

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